ACTE V
Scène 1. Vadère, Palpatin, Masamède.
VADÈRE: Vous pouvez vous cacher; ça ne vaut pas le coup.
Je peux facilement vous trouver n’importe où.
Si vous ne croyez pas ce paternel refrain,
Repensez à notre tête-à-tête à Bespin.
Là, n’avez vous pas perçu ma proximité?
Là, où je vous révélai notre parenté?
La Force reconnaît les liens paternels,
Et votre pouvoir n’est pas n’importe lequel;
Vous rayonnez comme le phare dans la nuit.
Et c’est ainsi qu’aisément je vous poursuivis.
Ne reconnaissez-vous pas en moi votre image?
Vous avez beau supprimer vos moindres tapages;
Je ne vous entends pas par le son seulement,
Mais par les tourbillons qu’on perçoit dans la Force.
Ni mort, ni long éloignement et ni divorce
Peut réduire la connection entre les proches
Qui demeure en la Force une immuable roche.
Quel sot serez-vous donc de trahir votre père!
Les liens familiaux serrent comme des fers.
Quelle idéologie peut permettre, Lucas,
De me résister avec une telle audace?
N’est-ce pas qu’on doit tout faire pour sa famille,
Même si par hasard le sort nous éparpille?
N’est-ce pas que le sang de notre sang attire?
N’est-ce pas, enfin, que vous vous croyez martyre?
Oui, vos héroïques grognantes émotions
Sont évidentes et demandent résolution.
Vous comprendrez, mon fils, quand vous aurez mon âge,
Que ça ne sert à rien de réprimer la rage.
Votre foi Jédite n’est que rude mensonge.
Voyez à quel point la souffrance elle prolonge!
Moi aussi, quand j’étais jeune et présomptueux,
De mes aînés aimables j’étais dédaigneux.
Mais l’instruction de Palpatin m’a redressé.
Grâce à lui, je me suis sans effort distingué
Parmi tous les Jédites, et enfin, j’ai compris
Quelle corruption filtrait dans l’ordre pourri.
La jeunesse toujours n’a su que se tromper,
Mais un apte précepteur peut tout corriger.
Revenez donc au sein de notre mère Empire;
Revenez achever votre plus grand désir.
Vous alléguez qu’en moi vit le germe d’un traître;
Mais je resterai toujours fidèle à mon maître.
Quant à mon fils, pourtant, je vois votre destin:
Vous résisterez, oui, mais céderez enfin.
Inutile de désavouer votre cœur;
J’ai vu votre effort, votre audace tout à l’heure.
J’ai vu en vos yeux le reflet de ma jeunesse:
Passion, vigueur, colère, intempérée rudesse.
Aussi bien je les vois en ce même moment:
Vous cachez votre forme, mais vos sentiments
J’entends comme un clairon; je sens comme une odeur.
Gardez donc votre corps; vous livrez votre cœur.
Tenez: que pensez-vous, que craignez-vous alors?
Vous pensez à la bataille, au chambard dehors.
À vos amis, Solon, Choubachée, Calerisse,
Qui d’entre eux donnera sa vie en sacrifice?
Arthudithus? Oui, je connais votre passion,
Percevant tout le bouquet de vos émotions.
Si vous persistez encor à vous obstiner,
Et même si enfin vous nous rejoignez,
Parmi vos chers amis quelques uns seront morts,
Et les autres termineront leur désaccord
En jurant à l’Empereur leur obéissance.
Ah! Je sens que votre rage attient sa croissance!
Croyiez-vous que vous pourrez masquer votre peur?
Vous tremblez pour vos amis, et – pour votre sœur.
[À part.] Ô doloureuse joie, ô rude découverte!
Ne connais-je aucun gain sans le goût de la perte?
Ah, perfide Abijuan, de mon sang ravisseur!
N’avais-je pas droit à un seul de mes bonheurs?
[À Palpatin.] Palpatin, mon sieur, avez-vous alors su?
PALPATIN: Un soupçon. Pour un Sith, rien n’est imprévu.
VADÈRE: Eh bien! L’effort du Cénobe sera en vain;
De mes enfants je m’emparerai d’au moins un.
La victoire du Sith demeure inéluctable.
Si vous, Lucas mon fils, resterez intraitable,
Le Sith ne cherchera pas loin pour une adepte
Votre jumelle accédera à nos préceptes.
Imaginez – Léa, robée en noir –
Scène 2. Vadère, Palpatin, Lucas.
LUCAS: Jamais!
PALPATIN: Très bien! Attaquez!
LUCAS: Ah, je ne permettrai
Que vous gagnez Léa!
VADÈRE: Bien. Vous reparaissez.
De faire face à moi enfin vous choississez.
Maintenant –
LUCAS: Votre mort, méprisable Vadère!
Quel enfant avant moi eût un si maudit père?
Déjà trois fois maudit, je vous maudis encor –
Maudit par Abijuan, par la lave et le sort –
Il ne reste qu’à moi de vous éliminer –
Alors, voilà –
VADÈRE: Ah! Ma main, vous l’avez tranchée.
PALPATIN: Bravo, bravo, Lucas! Maintenant, finissez!
À vos basses impulsions donnez-vous; tuez!
LUCAS: Je le veux – pourquoi donc ne peux-je procéder?
Ma haine m’accable; pourquoi suis-je figé?
Cette main que j’ai coupée a une jumelle.
À Bespin, lors de notre terrible querelle
C’est Vadère qui me déroba de mon bras.
Sa sabre de lumière le déchira.
La main qui maintenant soutient cette épée
Est de fer et de plastique, étant fabriquée
Par des chirurgiens pour ma récupération.
Ô grain de progressive méchanisation!
Le gant noir qu’encercle ce dextre contrefait
Est sembable à celui que Vadère portait.
Je n’ai subi, je vois, rien qu’un impôt léger;
J’ai perdu une main; lui, son corps entier.
Abijuan et Léa l’auraient abandonné;
Je ne peux ainsi faire. Il a trop éprouvé.
PALPATIN: Soit. On a décidé. Soyez donc instruit.
Si vous ne céderez, bien: vous serez détruit.
LUCAS: Ah, mon père!
VADÈRE, à part: Ah, il souffre…
LUCAS: À l’aide!
VADÈRE, à part: Qu’ai-je fait?
Je vais perdre le seul enfant qu’encor j’avais.
Quel vil père impitoyable et dénaturé
Peut livrer deux enfants à être torturé?
LUCAS: Ayez pitié, mon père!
VADÈRE, à part: Ô dégradation!
Comment donc ais-je atteint cette condition?
Au nom du Sith – son nom est-il perdu déjà? –
Ah, peux-je, ai-je le droit de supporter cela?
PALPATIN: Maintenant vous voyez, dans votre désespoir,
Du Côté Obscur de la Force le pouvoir.
VADÈRE: Moi aussi, je le vois.
PALPATIN: Vadère!
VADÈRE: Je vois tout;
Je préfère tout voir en me mettant debout.
Mon maître, Palpatin – laissez-moi vous aider.
PALPATIN: Que faites-vous?
VADÈRE: Ce que longtemps j’ai désiré.
Scène 3. Vadère, Lucas.
VADÈRE: Je suis gravement blessé. Ah, mon fils, debout!
Je me meurs; ce foudre qui m’est tombé en coups
Me sera fatal. Lucas!
LUCAS: Mon père?
VADÈRE: Ton bras;
Le spectre de la tombe me guette déjà.
Ah, tu avais raison de croire en ma bonté!
Hélas, tu seras tantôt d’un père privé.
Scène 4. Vadère, Lucas, Masamède.
MASAMÈDE: Que se passe-t-il ici? Où est l’Empereur?
Que fut cet immonde bruitage tout à l’heure?
VADÈRE: Le trône impérial, Masamède, est vacant.
Autour de vous notre Empire est agonisant.
Si vous l’aimez, allez donc lui rendre votre aide;
Si vous ne songez qu’à votre propre remède,
Eh bien, Lâche, fuyez. Dans l’un ou l’autre cas,
Vous n’avez rien à faire à vous planter par là.
Envoyez-moi Vierce et puis disparaissez.
Scène 5. Vadère, Lucas.
VADÈRE: Quand j’avais mes deux bras et mes pouvoirs entiers,
J’aurais pu écraser un tel fonctionnaire
Sans effort important; je le privais de l’air…
Maintenant un tel geste est hors de mes talents.
Mes forces sont à terme et mon temps écoulant.
Scène 6. Vadère, Lucas, Vierce.
VIERCE: Seigneur, tout est perdu! Ô débâcle, ô désastre!
Il faut fuir l’explosion de ce malheureux astre!
VADÈRE: Pour moi, Vierce, le temps de fuir est passé.
Je demeure ici, par mon sieur assassiné,
Lui que moi-même j’ai envoyé à sa fin.
L’ordre du Sith est pour l’instant réduit à un.
Un Sith et un Jédite – Ô oracle funeste!
Bourreau de la Force, voilà ce qui me reste.
Il est enfin vrai: j’ai mis la Force en balance,
Bien que pour seulement une courte échéance.
Ah, Lucas! Je me meurs, mais avant de mourir,
Je veux voir le fils qu’avant j’ai bien failli nuire
De mes propres yeux, sans ce masque abominable.
LUCAS: La mort ne serait-elle ainsi inévitable?
Votre condition ne peut être sans espoir.
Laissez-moi accomplir mon filial devoir
En vous portant hors d’ici, à vous secourir.
Si vous étiez vraiment blessé jusqu’à mourir,
Alors moi, qui subis bien plus de châtiment,
Je serai déjà mort. Mais je survis pourtant.
VADÈRE: Hélas, cette armure qui m’a reconstruit
Contre les foudres de Palpatin m’a trahi.
Ce corps artificiel et mécanisé
Conduit magnifiquement l’électricité.
Nous n’avons, je regrette, aucun temps de partir,
Et la Rébellion que j’ai voulu détruire
Jamais ne m’offrirait une simple indulgence.
J’ai trop fait pour trouver sur Endor audience.
Débarrasse-moi de ce casque qui me gêne.
LUCAS: Vos voeux, mon père, sans objection m’entraînent.
Ô visage qui longtemps s’est gardé secret!
Je vois enfin mon père en cet affreux objet.
Le voile du Sith tombe; sans sa menace
Je perçois l’homme en-dessous de la carapace.
Ô pâleur maladive! Ô rides pathétiques!
VADÈRE: J’ai perdu tout ce qu’avant j’avais d’esthétique.
LUCAS: Peu importe. Enfin nous nous trouvons réunis!
VADÈRE: Hélas! ça n’arrive qu’au terme de ma vie.
Il est l’heure, Lucas. Sois Jédite et souviens:
Le Pouvoir sans Vertu, sans Bonté, ne vaut rien.
Vierce, emmenez-moi; les ténèbres descendent.
Scène 7. Lucas, Sétrépéon, Léa, Isthène.
LUCAS: Ah! qu’un acte de la Force sa vie étende!
SÉTRÉPÉON: Mon maître bienveillant, l’heure vient de partir!
Sinon, il est probable qu’on va tous mourir!
LÉA: Triomphe: la bataille est venue jusqu’ici.
Il ne reste à nous qu’à faire notre sortie.
Et de plus, Palpatin, ce vil usurpateur,
Si j’entends vrai, est défunt depuis tout à l’heure.
À vous donc les louanges! Endor vous fêtera,
Et moi, à mon Solon je me rejoignera,
Ce berger de nerviers à l’aspect débraillé
Que néanmoins je me suis décidé d’aimer.
LUCAS: Vous êtes modeste, ma sœur audacieuse.
À vous aussi sont dues ces louanges heureuses.
Je viens. Notre père n’est plus de ce monde.
Je sens dans la Force une tristesse profonde.
Scène 8. Lucas, Sétrépéon, Léa, Isthène, Vierce.
LÉA: Soldat de l’Empire, que voulez-vous ici?
VIERCE: La vie de l’illustre Vadère est finie.
LUCAS: Ô bouleversement, en un jour de gagner
Puis de perdre un parent à peine concilié!
VIERCE: Un miracle inattendu s’est passé devant moi.
Pleurant la mort de mon sieur et de mon roi,
J’ai dû fermer mes yeux; mais, quand je les rouvris,
Là où avant gisaient les restes de Vadère,
Son corps matériel est disparu en air.
SÉTRÉPÉON: Si nous pouvons croire cette fabrication –
LUCAS: C’est vrai: du corps défunt une disparition
Advient aux maîtres Jédites les plus puissants.
À leur tour, le grand Jodé et le noble Abijuan
Ont subi la dématérialisation.
De tous trois, avec Vadère, l’intervention
M’a sauvé de l’abîme et m’a rendu ma vie.
LÉA: Mais Vadère était votre juré ennemi!
LUCAS: Jusqu’au moment de sa mort, il n’admit jamais
Qu’un grain de vertu dans son âme demeurait.
Mais lorsque Palpatin, par cruelle magie,
Visait à m’abattre, Vadère le détruit,
Le plongeant dans le gouffre du maudit navire
Qui maintenant avec énergie se déchire.
LÉA: Miséricorde! J’avais tort à son propos.
Qu’aucune ignominie ne trouble son repos.
LUCAS: Abijuan avec vous, et d’ailleurs tous nos proches,
N’ont eu pour notre père qu’amères reproches;
Mais en dépit du renom d’un barbare infâme,
J’ai toujours su qu’en lui il demeurait une âme.
ISTHÈNE: Dépêchons-nous! Je sais où est une navette,
Mais sur Endor Motimée devient inquiète.
Déjà sur nous se pressent les feux des décombres.
LUCAS: Allons donc. Je reverrai de Vadère l’ombre.
Nous boirons cette nuit à la vie de Vadère,
Hier, notre ennemi; mais toujours, notre père.
FIN