Vadère: Acte IV

ACTE IV


Scène 1. Vadère, Palpatin, Lucas, Masamède. Lucas et Vadère au combat.

LUCAS: Mon père honorable et vaillant, écoutez:
Cette lutte entre nous n’est point à votre gré.
Je ne serai jamais, en dépit de Palpatin,
Contraigné à porter contre vous cette main.
Palpatin, Empereur indigne de ce nom,
Jusqu’au gouffre infini de cette station
Vous pouvez me poursuire; vos immondes refrains
Me trouveront sourd; et vos menaces en vain
Périront en plain air, comme au vide dehors.
Moi, Jédite, ne croit pas qu’il serait mon sort
De me confédérer à votre cause impie.
Avant de me donner, je donnerai ma vie.

PALPATIN: On verra. Voyez-vous où hors de ce portail
Vos compères rebelles nous livrent la bataille?
Qui sait en ce moment si survit Motimée,
Si encor respire Akbar aux narines enflées?
Et dessous, dans les forêts d’Endor équivoque,
Ce vert paradis où gambadent les Éoques,
Vos amis, dont ce scélérat nommé Solon,
Dans leur quête séditieuse échoueront.
Je regrette, jeune homme, de vous renseigner
Que le déflecteur va quand même fontionner.
Soyez le témoin de la puissance de feu,
Malgré la Rébellion, dirigée envers eux,
De la station armée et opérationnelle
Qu’on appelle la seconde Étoile Mortelle!
Masamède, ordonnez à nos officiers
Qu’ils peuvent en ce moment tirer à volonté.

MASAMÈDE: Certes, Seigneur. Je pars. Comme au bout de la langue
Je perçois le gout de la Rébellion exsangue.


Scène 2. Lucas, Vadère, Palpatin.

PALPATIN: Je sens, Lucas, à quel point vos douleurs sont vives.
Voyez comment la loi des Jédites est excessive!
Qui peut, sous telle malédiction du sort,
Réprimer toute sa colère sans ressort?
Qui peut, présenté avec cette humiliation,
Défaite, échec, mort des ses braves compagnons,
Tout ce que toute sa vie on a cherché volé,
Ses aspirations, son existence ébranlées,
Préserver sans regret le sang-froid des Jédites,
Auquels une émotion quelconque est interdite?
Dans un pareil cas, moi, sur mon vil ennemi
Je me ruerai sans pouvoir changer d’avis.
Donnez-vous alors à votre puissante rage,
Au désespoir qu’en vous tourbillonne en orage.
Frappez donc! Si je vis ou si vous me tuez,
La victoire du Sith n’es pas moins assurée.
Vous ne pourrez jamais atteindre votre but.
On ne parlera qu’en tant de faible dispute
De ce qu’aujourd’hui nous appelons “Rébellion.”
Que reste-t-il alors pour son vanté champion?
Que reste-t-il à faire sauf se sacrifier?
Le plus haut des honneurs pour un tel guerrier
Est de savoir quand donc la bataille s’achève.
Finie la Rébellion, cet impossible rêve!
Mais pour vous, une chance de vous racheter;
Finissez-moi, pardieu! Jédite, frappez!
Empereur de courroux, c’est moi qui vous le dis:
Tout Jédite a le feu de la colère en lui.
Qui n’admet sa rancœur se nomme malhonnête.
Moi, du feu le démiurge et du fer le prophète,
Moi, Axe immuable de cette Galaxie,
Ne désirez-vous pas de me voir démoli?
Faites donc! Capitulez au chant de votre âme
Frappez! Chauffez de votre colère la flamme.
Me voici!

LUCAS:                     Plus un mot! Peux-je me parjurer?

VADÈRE: Il est temps, mon fils, de changer vos loyautés.
Vos nobles principes, comme vous allez voir,
Feront face bientôt à l’immense pouvoir
Du côté ténébreux de la Force ineffable.
Déjà il est très clair, il est indéniable,
Que votre âme se brouille et commence à s’occlure.
Voyez donc la puissance du Côté Obscur!

LUCAS: Non!

PALPATIN: Si! Soumettez-vous à votre hostilité!

Bataille entre Lucas et Vadère.

LUCAS: Je ne serai pas de mon père meurtrier.
Mon épée, que moi-même j’ai reconstruit,
Relique élégante d’un âge plus poli,
Mon seul arme envers vous, mon pitoyable père,
Envers ce Sith qui fait voler les murs en l’air;
Je la range; elle menace enfin de me fausser.

VADÈRE: Mon vieux maître Abijuan vous a bien inculqué.
Mais rien n’a changé; vous êtes imprudent
À l’encontre d’un impérial lieutenant,
Ainsi votre garde de baisser. Tenez donc!

Il lance son épée vers Lucas.


Scène 3. Vadère, Palpatin.

VADÈRE: Je ne vois plus de Lucas ni tête, ni tronc.
Mais il est là. Mon fils, il vaut mieux vous rendre,
Mais je n’ai que du temps. Je peux très bien attendre.

PALPATIN: L’attendre? Au contraire, allez le chercher, Vadère!
Le fils peut-il longtemps échapper à son père?
Cherchez-le; soyez sûr qu’enfin il nous joindra.

VADÈRE: Les Sith sont toujours deux. Seront-ils bientôt trois?

PALPATIN: Votre loyauté, Vadère, j’ai reconnu.
Aucun serviteur mieux n’a fait ce qu’il a dû.
Votre carrière fut noble et efficace.
Continuez-la; remportez-moi Lucas.


Scène 4. Lucas, Sétrépéon.

LUCAS: Brave Sétrépéon, à l’heure vous voici.
Il me faut pour un temps me dégager d’ici.
Léa, où est-elle, et où la charmante Isthène?

SÉTRÉPÉON: Suivez-moi, jeune maître, où je vous leur emmène.


Scène 5. Lucas, Sétrépéon, Léa, Isthène.

LÉA: Lucas, mon bon frère, pourquoi ce rendez-vous?
Ne poursuivez-vous pas donc la bataille au bout?

LUCAS: Léa, tout est fini: si je gagne, je pers.
Quel enfant honnorable peut tuer son père?
Déjà dans les coulisses de mon jeune esprit
Mon ennemi Colère se dresse et mugit.
La force noire du Sith, de rage enflammée,
Je lutte en désespoir afin de réprimer.
Si à nouveau je fais face aux agaçants abus
De Palpatin Empereur je serai perdu.
Même pire, dehors nos amis ont échoué –

LÉA: C’est Palpatin qui vous a ainsi renseigné?
Il a tort! À nous Endor! À nous le déflecteur!
Il est vrai qu’il semblait notre dernière heure,
Mais l’Ouquide vaillant, le brave Choubachée,
Par Solon et l’habile Arthudithus aidé,
Engageât avec nous ces Éoques hardis.
Avec carnage extravagant et inouï,
L’armée de l’Empire s’est acharné sur eux.
L’on chantera longtemps du combat glorieux!
Contre Solon les clones eussent l’avantage,
Mais vite il se dissimulât dans les parages,
Avec ses compères, le redoutable Ouquide
Et ce petit sorcier, l’ingénieux droïde.
Astucieusement ils se sont avancés,
Ont pris le déflecteur et l’ont désactivé.
Et tout ça je l’entends des troupes impériaux,
Qui eux-mêmes se sont confessés idiots
Lors de leur retour sur cette Étoile mortelle.

LUCAS: Mais Akbar, Motimée, et la flotte rebelle?

LÉA: Non, ils ne sont pas morts. Nos navires assiégés
Au moment où leur désespoir accumulé
Menaçait d’exiger l’ultime sacrifice,
Arrivât, inattendu, le fin Calerisse[1],
Et sous sa commande le Faucon millénaire[2].
Son intervention nous a sauvé la vie.

LUCAS: Ah, si jeune j’étais, quand, rustre, j’ai médit
Ce navire, l’appelant qu’un tas de déchets!
Cette remarque appartient à mes regrets.

ISTHÈNE: Mais le danger n’est pas tout à fait disparu.
L’Étoile mortelle est très bien entretenue;
Elle pourrait bouleverser notre fortune
Avec une ou deux salves de feu importunes.
Que ferez-vous, Lucas?

LUCAS:                                 Je n’ai aucune idée.
J’ai honte à entendre la vaillante épopée
Des nos amis là-dessous; quant à moi, hélas!
Bien minables, les exploits du honteux Lucas!

LÉA: Aucune raison n’avez vous, frère chéri,
De vous perdre en un gouffre de peur, de souci.
N’est-ce pas vous qui, seul, en tout frais guerrier,
Revint à Tatouine, afin de nous sauver?

SÉTRÉPÉON: Mais pas tout à fait seul; j’étais présent aussi.
Et Arthudithus, vous, Choubachée –

LÉA:                                                               C’est vrai, oui.
Nous fûmes tous vaillaints; mais Lucas fut subtil.
Notre ruse n’avait qu’une chance sur mille.
Ce brigand Jabbas dans son puant discothèque
S’empara de moi-même et me fit son Tuilèque[3].
On aurait pu mourir dans ce bordel infecte
Cette forteresse était, pire encor qu’abjecte,
Comme Abijuan a parlé jadis de Moséslie[4],
Misérable ruche d’ordure et d’infamie,
Surpeuplé de mesquins et de corrompus gens.
Je me souviens bien du moment où là-dedans
Ricana ce grand vaurien nauséabond,
Tchissa, pitscha onqui Choubachée, on hon hon!”[5]
Je frémis à me souvenir de la supplice.
Mais Lucas nous a tiré de cette maléfice.
Comment pouvez-vous donc avoir peur de vous-même?
De mater en un coup du Sith les deux emblèmes,
Comment pouvez-vous ainsi vous livrer au Sith?
Je ne comprends pas, moi, les codes des Jédites.
Pourtant, s’il existe en ce monde deux rancœurs,
Celle de Jabbas et celle dans votre cœur,
L’une est morte déjà, et vous l’avez tuée.
Pourqoui donc se sentir par l’autre menacé?
C’est un vieil ennemi, par vous déjà battu.
Et c’est le moindre des vos actes qu’on a vu!
Après la Rancœur, au sarlache s’affronter
Et dans la gueule le filou Feste[6] apporter.
Vous pouvez tout faire de ce que vous osez.
Qu’étaient encor ces verbes du maître Jodé?

LUCAS: Il m’a dit, “À rien ça ne sert d’essayer.
“Fais, ou ne fais pas. Il n’y a pas d’essayer.”
Mais je crains que cette épreuve est plus qu’à ma hauteur.

ISTHÈNE: Ah, nous sommes perdus!

LÉA:                                                   Pas encor –

LUCAS:                                                                     Ô malheur!
Vise-je mon destin?

LÉA:                                       Elle n’est pas tragique.
Je sais que vous aurez la dernière réplique.
Lucas, mon frère, allez.

LUCAS:                                 Je vais à contrecœur.
Mais, ah, Léa!

LÉA:                           Je sais –

LUCAS:                                 Que j’ai peur, que j’ai peur!

Continuer à l’ACTE V


[1] Calerisse: Vieil ami de Solon et maire de la ville aérienne à Bespin.

[2] Faucon millénaire: Navire de Solon.

[3] Tuilèque: peuple favorisé par Jabbas pour ses esclaves danseuses.

[4] Moséslie: ville près de la ferme familiale de Lucas, depuis laquelle Lucas est parti pour Aldérane.

[5] “Enfin, nous avons pris le puissant Choubachée, on hon hon!”

[6] Feste: chasseur de primes qui fut celui qui attrapât Solon à Bespin et le livrât à Jabbas en carbonite.

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