Vadère: Acte III

ACTE III


Scène 1. Vadère, Vierce.

VIERCE: Seigneur, apprêtez-vous: commence la bataille.

VADÈRE: Oui, Vierce, je sais bien qu’il faut que j’y aille.
Mais d’un lourd désespoir que je ne puis défaire,
J’admets que je ne sais comment finit l’affaire.
Jadis, quand mes pouvoirs me semblaient insuffisants
J’ai sacrifié l’ordre jédite agonisant.
Déjà sous la main de Jodée et Vindouin[1],
L’ère de la Force semblait trouver sa fin.
C’est moi qui rebâtit cette culte sans guide.
C’est moi qui, ne craignant devenir fratricide,
Couronnai Palpatin sur un trône de sang;
Pour élever mon ordre, j’ai élevé mon rang.
Souvenez qu’enfant esclave d’un cruel Toidarien,
Lorsque m’a rencontré le fameux Quigonjien,[2]
Je fis sur ce grand homme un tel impression
Qu’il reconnut en moi la résolution
D’un oracle d’antan, d’origine inconnue,
Qui prophétisait que, dans une ère imprévue,
Se manifesterait un illustre Jédite
Si noble de bras et si puissant de torse
Que dans sa grandeur il balancerait la Force.
Mais si je suis cet homme, quel oracle sanglant!
Tombât premièrement ce Quigonjien croyant
Et le suivit enfin toute l’ordre jédite.
L’Oracle soutient-t-elle la cause du Sith?
Méfiez-vous, Vierce, de la prophétie!
On ne sait jamais bien comment elle finit.
Dans ma carrière, grandissime qu’elle fut,
Je n’ai mis ma confiance qu’en ce que j’ai su.
Me connaissant moi-même, en moi j’ai confiance.
Cette foi a duré da ma vie l’échéance.
Quand d’autres, douteux de mes capacités,
Le succès de mon bras ont pensé disputer,
J’ai trouvé leur manque de foi inquiétant
Et je leur ai réduits sans scrupule au néant.
Maintenant, ce qui m’inquiète bien davantage,
Je me trouve moi-même parmi cet assemblage
Qui contre ma victoire veulent parier.
N’emporterai-je peut-être pas la journée?
Vierce, descendez sur la lune d’Endor;
Des deux fronts cette guerre s’acharnera encor.[3]
Vous connaissez mon corroux, l’appui de mon bras:
Si vous me déplaisez –

VIERCE:                                            Je n’y survivrai pas.


Scène 2. Vadère, Palpatin, Lucas.

PALPATIN: Venez ici, garçon; je vous explique tout.
Cette seconde Étoile n’est pas encor debout;
Ses magnifiques armes jusque là endormies.
C’est sur ça que dépend votre armée de fourmis.
Je sais tout; inutile de me répliquer;
Il me reste encor beaucoup à vous expliquer.
Les espions Bothains servant la Rébellion
Vous jurèrent lointain soit la complétion
De ce navire que vous nommez monstrueux.
Ces si braves Bothains, nous s’emparâmes d’eux.
Nous sûmes bien longtemps votre plan de bataille,
Et pûmes donc changer un important détail.
Lorsque j’atterris sur cette base incomplète,
L’on m’a dit qu’elle n’était de beaucoup pas prète.
J’attribue à Vadère cette lassitude;
Il tolère plus que moi de nos pions l’ineptitude.
Arrivant ici, je dis qu’il faudrait finir
Maintenant, afin qu’on puisse vous voir venir.
Sinon, j’ai précisé, j’ordonnerai tués
Tous ceux qui se montraient paresseux ouvriers.
Si jamais vous vous trouvez, dans le grand avenir,
Empereur, ce conseil préservera l’Empire:
Est fidèle, efficace et charmant laboureur
Qui sait que tout ce qu’il ne paie pas en sueur,
Il paiera plus tard dans le taux de son sang.
Tenant ce principe, vous tenez votre rang.
Vous voyez donc, mon garçon, comment il se fait
Que la flotte spatiale qu’on anticipait
Trouvera, contraire à l’espérance rebelle,
Cette base pleinement opérationnelle.
Vos petits camarades, lors de leur arrivée,
Sortis d’hyper-espace, seront empiégés.

LUCAS: Un piège?

PALPATIN:              C’est un piège. Akbar et Motimée
N’en sachant rien, par nous seront éliminés.
On verra fonctionner les armes du navire.
On verra toute à l’heure que c’est que l’Empire.

LUCAS: Impossible –

PALPATIN:              Impossible, mon jeune sorcier,
Est pour moi et pour le Sith un mot étranger.
Qu’êtes-vous, petit chasseur de rats tatouvain,
Contre moi et la force que j’ai dans mes mains?
Votre colère seule peut vous sauver la vie.
Enragissez-vous donc contre moi, allez-y!
Je suis sans défenses; je ne suis pas armé;
Déployez contre moi cette éméraude épée.

Lucas se rue sur Palpatin. Palpatin est protégé par Vadère.

LUCAS: À vos vœux, maudit, vil et profane Empereur
Je ne cèderai pas, quelque soit mon ardeur.
Deux fois déjà ma maîtrise de soi brisât;
Ici, et à Bespin, où je perdis mon bras.
Mais un troisième échec n’arrivera jamais;
Malgré toutes vos injures, je durerai.

PALPATIN: On verra; il nous reste un peu de temps encor.
Venez, Vadère, observer le combat dehors.
Restez ici, Lucas, accroître votre rage;
Peu à peu elle deviendra anthropophage.


Scène 3. Lucas, seul.

LUCAS: Ô Dieux! De ce tyran l’infâme et cruel jeu
Finira sûrement sanglant et malheureux.
Hélas! La Galaxie brûlera donc toujours?
Déjà de loin j’entends le vif battant tambour
Et le cor impérial qui partout résonne.
Faut-il que notre Rébellion j’abandonne?
Le travail de six ans sera-t-il tout en vain?
Six ans depuis le jour qu’un humble tatouvain
Prit l’épée que lui offrait un vieux maître jédite
Quand la mort de ses proches exigeât sa fuite.
Découvrant des Javées une tombe importune
Que n’avait guère laissé le Peuple des dunes,
Je reconnus choqué l’ouvrage de l’Empire,
Qui depuis a bien plus fait, ayant de pire en pire.
Six ans je me battis contre la tyrannie.
Six ans j’ai tout donné, j’aurais donné ma vie,
Pour confisquer le trône du vieux Palpatin.
Et cette lutte donc sera-t-elle pour rien?
Ce n’est pas, je l’insiste, sans justification
Que j’ai suivi d’un jédite l’éducation.
Nous sommes après tout de la Force les pions;
La Force plus que tout maîtrise nos actions.
Et alors pour mieux secourir la cause rebelle,
Pour un jour affronter Vadère en un duel,
Un duel tel celui qu’aujourd’hui aura lieu,
J’ai joué, bien que maigre, mon rôle en ce jeu.
Plus que moi, mieux que moi, humains, Bothains, Ouquides,
Se sont-ils sacrifiés pour un échec stupide?
En me livrant ici, qu’ai-je encor donc livré?
Palpatin en me visant semblait même enivré;
Sous-estimai-je alors ma propre signifiance?
Il y a dans la Force une obscure science
Que l’Empereur comprend d’un instinct primordial.
Connait-il mieux que moi si je suis déloyal?
S’il se peut – ah! Que dis-je? Ainsi en me doutant,
Je me perds bien plus vite qu’en me résolvant.
Résolvons: pour servir le bien de l’univers,
Il faut que notre ordre jédite regénère.
Afin d’assurer cette possibilité,
C’est clair que l’Empereur je dois éliminer.
Sans ce sarlache[4] qui mange notre Galaxie,
Toute l’infrastructure qui dépend de lui,
Généraux et soldats, navires et batallions,
Droïdes, intendants, officiers et espions,
Sans ordres, seront dépourvus d’instruction,
Et l’Empire perdra du haut toute fonction.
D’un seul geste je peux affranchir tout le monde;
D’un seul geste, ne durant plus qu’une seconde,
Je peux mettre l’Empire à genoux devant moi.
Pourquoi donc ai-je parlé de néfaste choix?
Il n’y a dans cette lutte rien de flou, de grisâtre;
Il n’y a que noir et blanc, qui doivent se battre.
Ah! ce grand Palpatin me paraît bien minable
Quand je me permets de devenir impitoyable!
Si un geste suffit pour le salut de tous,
Que ferai-je si simplement j’appuie mon pouce?
Qu’atteindra-t-il encor si j’agis à nouveau?
On parviendra jusqu’à je ne sais quel niveau,
Je ne sais quelle gloire je pourrai promettre,
Si l’Empire en un geste je pourrai soumettre.
N’a mon père pas dit, face à moi à Bespin,
Que nous deux, seuls, sans l’inutile Palpatin,
Pourraient gérer l’Empire en tant que fils et père?
Moi-même n’ai-je vu que l’âme de Vadère
Est loin d’être entièrement corrompu?
Mais il faut que je résiste au Sith fermement.
Et ainsi je ferai. Je suis prêt maintenant.
Je suis sûr, et la sureté vaut plus qu’une arme;
Il suffit de maudir le Sith et tous ses charmes.


Scène 4. Vadère, Palpatin, Masamède.

PALPATIN: Lucas est passé là. Il ne peut m’échapper.
Déjà contre lui notre piège est serré.
Il est cerné de l’un et de l’autre côté,
Tenté par sa colère et par ma majesté:
S’il se livre à sa fureur, il sera corrodé;
Le Sith lui révélera ainsi sa bonté.
Si par contre il décide d’agir froidement,
Il sera par cela le notre tout autant.
Une perception claire ne peut qu’assurer
De notre succès l’inévitabilité.
Et lorsque la Force est courbée à nos vœux,
Pour la Rébellion, finis seront les jeux!
Nous répéterons aujourd’hui la grande émeute
Qui démolit la base rebelle à Hoethe.[5]
Agélaste Vadère, vous ne dites rien?

VADÈRE: Mon Empereur, cette attitude je maintiens
Tant que notre victoire est encor à venir.
C’est demain que je me permettrai à réjouir.

PALPATIN: Votre sang-froid toujours s’est révélé utile.
Mais maintenant j’ai besoin d’un cœur volatil.
Sachez, mon lieutenant, qu’aucun individu
Ne m’est indispensable, si j’en suis déçu.
Si c’est vrai que votre sobre disposition
Découle d’une conscientieuse caution,
Bien; je n’ai jamais exigé un ton flatteur.
Mais par contre, si ce langage non rieur
Est la conséquence d’un amour paternel,
Un amour mal placé pour un juré rebelle,
Eh donc! Vous n’êtes point plus haut que mon courroux.
Les besoins du Sith sont plus importants que vous.
C’est vous tant que Lucas que j’interrogerai.
Je choisis celui qui davantage me plait.

VADÈRE: J’ai compris, Seigneur. Contre votre volonté
Jamais je n’ai su vouloir, mutin, m’affronter.
Je retourne sans plainte à ce duel en cours.
J’obéis maintenant; j’obéirai toujours.


Scène 5. Palpatin, Masamède.

MASAMÈDE: Ô discipline! Ô incorruptibilité!
Pour vous, Seigneur, il peut ou mourir ou tuer.
Quel pouvoir est le votre, quelle autorité!
Pourqoui donc est-ce que vous vous limiteriez?
Pourqoui voulez-vous nuire ou Lucas ou Vadère,
Au lieu de dominer et le fils et le père?

PALPATIN: Il ne me convient pas, sans bonne raison,
De dédire les édits de ma religion.
Dans le cosme, d’ici jusqu’au bord extérieur,
Il n’y a que deux Sith: l’élève et l’instructeur.
S’il me plaisait de rompre cette tradition,
Je le ferais; mais j’ai pris ma décision.
Soit Lucas deviendra un élève fervent,
Soit Vadère demeure, comme auparavant.

MASAMÈDE: J’ai en vous une confiance indéniable.
Il est vrai: notre victoire est inévitable.

Continuer à l’ACTE IV


[1] Vindouin: maître jédite.

[2] Quigonjien: maître jédite iconoclaste, qui découvrit Vadère.

[3] Encor: orthographe accepté au XVIIème siècle.

[4] Sarlache: créature habitant du grand fossé de Carquouin, à Tatouine. Notamment, la légende disait qu’elle prenait mille ans à digérer sa proie.

[5] Hoethe: ancienne base rebelle tombée aux forces de l’Empire.

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