ACTE II
Scène 1. Lucas, Sétrépéon
LUCAS: Sétrépéon, des serviteurs le plus loyal,
Je ne demanderais jamais sur cette Étoile
Que vous restiez: voici une quête pour moi seul.
Je vins, Sétrépéon, dans la béante gueule
De ce navire afin de retrouver mon père,
Le plus grand général de notre temps – Vadère.
Je ne dois pas vous rappeler, Ô savant droïde,
Quel danger vous courerez sur cette sphéroïde.
SÉTRÉPÉON: Mon sieur, bien que pèse sur nous un noir danger,
Je ne souhaite là rien d’autre que rester.
Voyez, jeune maître, vous m’avez tant donné;
Vous m’avez du désert tatouvain extirpé.
Avec Arthudithus[1] j’errais plusieurs jours;
Pendant que les Javées[2] rôdaient aux alentours.
Nous fûmes pris, hélas! dans leur wagon d’ordures
Dans leur vente de fer ils visaient nous inclure.
Mais, miséricorde! Vous nous y achetâtes,
Et je ne doute pas que vous vîntes en hâte.
Après chez le Huthain nous étions asservis;
Mais là encor vous nous tirâtes de ce puits.
De plus, mon jeune sieur, le danger est le vôtre;
Le risque pour vous est plus grand que pour tout autre.
De votre survie la probabilité
Est un par trois cent mille et cinq divisé.
Dans ces conditions-là, à vous sera utile
Un fidèle interprète, en paroles habile.
“Je suis Sétrépéon, relations droïde-être!”
Je vous serai donc indispensable, peut-être.
Mais dites-moi –
LUCAS: Pourquoi je confronte mon père?
Cette confrontation mettra fin à la guerre.
Je dois, droïde, croire, être sûr, qu’en son cœur,
Quelque bienveillance, bien que tordue, demeure.
Je lui dois en tant que père ma fidélité;
Je lui dois ma croyance en sa bonté cachée.
Je n’ai jamais oublié les mots du Cénobe,
Qui m’a dit qu’il n’y a rien sous le masque et la robe,
Que mon père est moins homme que rude machine,
Que ce n’est que la guerre qu’encor il n’imagine.
Je n’ai su contredire mon maître savant,
Mais je sais que Vadère a un grain bienveillant.
Je l’ai vu à Bespin[3]; il m’aurait épargné,
Si je n’avais pas cette chute échappé.
Il m’a promis l’Empire si je l’aurais joint.
Ah, si vous étiez de ce rendez-vous témoin!
Je le joindrai enfin, mais ne serai point Sith,
Nous nous unirons sous la bannière Jédite.
Je suis las de la guerre et ses péripéties!
Mieux vaut tout achever; mieux vaut venir ici.
SÉTRÉPÉON: Votre croyance en lui me semble imperméable.
Pour ma part, je le penserai impitoyable.
Sur vos chances je n’ose pas faire un pari.
LUCAS: C’est la Force qui me maintient, même avec lui.
SÉTRÉPÉON: La Force! Dites donc! N’êtes-vous pas Lucas,
Qui se vantait de son talent contre les rats?
Quand la première fois je vous sus reconnaître
Les déserts tatouvains composaient tout votre être.
Et maintenant vous parlez de Jédites, de Force.
Quel changement suivit de la guerre l’amorce!
LUCAS: C’est la vérité même que vous avez dit.
Quelle angoisse j’eus avant de venir ici!
C’est Léa qui la plus a troublé mes pensées;
Quand je retournerai, je vais la confronter.
SÉTRÉPÉON: La confronter, Seigneur! Et pourquoi donc ce geste?
LUCAS: Droïde, sans ceci je craindrais un inceste.
SÉTRÉPÉON: Quoi! quel choc! Mais comment? je ne peux rien comprendre.
LUCAS: C’est ma sœur, cette femme qu’est vers moi si tendre.
Je ne sais pas comment, mais je le sais quand même.
Des deux espoirs Jédites c’est elle la deuxième.
À Dagobe, la voix du vieux maître Jodé[4]
D’une telle m’a l’existence signalé.
En ce moment je sus, sans ne pouvour douter,
Que la Force peut en Léa continuer,
Et qu’elle était de moi-même un proche parent.
SÉTRÉPÉON: Et tout ça, la Force vous l’a fait apparent?
LUCAS: Ce n’est pas, Sétrépéon, moi-même qui a fait
Les grands actes que votre gratitude m’attribuait.
C’est la Force, qui relie le monde tout ensemble,
La Force, sans laquelle pas une onde ne tremble.
C’est elle qui me trouble en considérant Léa;
C’est elle qui notre parenté m’indiqua;
C’est elle qui vous a attiré vers moi
Et c’est elle qui m’indique comme du doigt
Qu’il me faut réconcilier avec mon père.
Scène 2. Lucas, Sétrépéon, Vadère, Vierce
VADÈRE: Vous voulez réconcilier avec Vadère?
Eh bien, acceptez donc l’autorité du Sith!
Devenez dès demain notre jeune acolyte.
Sur l’Étoile mortelle vous êtes bienvenu.
Même en vous arrêtant, mon fils, je vous salue.
LUCAS: Je me rends et me jette sur votre pitié.
Je sais que jamais vous ne me détruirez.
VADÈRE: Lucas, vous êtes jeune, et ne comprenez pas
Ni les règles du Sith, ni l’élan de mon bras.
Vous avez maintenant l’un des deux à choisir;
Ou de vivre sous nous, ou vite de mourir.
Si vous ne choississez –
LUCAS: Mais la choix est à vous!
Derrière ce masque l’homme d’en-dessous
Veut nous joindre, ou alors ne connais-je mon père.
VADÈRE: Votre chaleur finira bien par vous défaire.
Vous avez un devoir inviolable, Prodigue,
De servir votre roi et cesser vos intrigues.
Votre besogne est double; vous êtes son sujet,
Mais de plus, ce qu’est même plus lourd en effet,
Vous êtes mon fils; moi, son premier lieutenant.
Un fils déloyal ne peut être bienséant.
Il ne faut pas, bien sûr, que je vous remémore
Que la trahison se suit toujours par la mort.
Ne m’obligez pas à vous détruire, Lucas.
LUCAS: Je suis votre fils, et vous ne le ferez pas.
Je sais qu’il y a dans votre âme quelque bien.
En parlant du devoir, vous ne parlez de rien.
Quel devoir peut nous obliger à nous soumettre
À un scélérat qui a ruiné sans pitié tant d’êtres?
L’Empereur Palpatin que vous glorifiez
Est un monstre corrompu, courbé et calcifié.
Dans son pouvoir il n’y a rien de légitime.
VADÈRE: C’est un imbécile qu’ainsi ici s’exprime.
Ceux qui tiennent le destin de tous en leurs mains
N’ont ni luxe ni temps d’écouter vos refrains.
Ce n’est pas, mon fils, à incessemment mugir
Sur le Bien et sur le Mal, qu’on gère l’Empire.
J’espère que vous deviendrez plus suggestible
Devant l’Empereur et son courroux irascible.
Il n’est pas aussi indulgent que je ne suis.
Venez, mon fils, vous agenouiller devant lui.
Scène 3. Lucas, Sétrépéon, Vadère, Vierce, Palpatin, Masamède.
PALPATIN: Ah, nous rencontrons enfin ce fameux Lucas!
Ce garçon si noble, si brave et perspicace!
Enfin nous saurons, et sans délai, mon enfant,
Si de la Force noire vous deviendrez croyant.
LUCAS: Je vous jure, Ô puissant et injuste Empereur,
Qu’aucune torture, ni aucun vif malheur,
Ne peut me dissuader de ma résolve ferme
De planter dans la galaxie du Bien le germe.
Jetez contre moi et Vadère, et toutes foudres,
Vous ne me convaincrez pas d’autrement résoudre.
PALPATIN: Heureusement, jeunne homme, il reste au Sith plus d’armes
Que seulement les mots, les plaintes et les larmes!
Si vous imaginiez, mon soi-disant Jédite,
Que c’est en causant ensemble sur la conduite
Qu’on espérait faire votre réconversion
Je vous désabuserai de cette illusion.
Si ce fameux Cénobe, vieux bouc, vous instruit
Que la Force n’est que vulgaire comédie,
Il est temps que vous oubliez ses instructions.
Le Sith s’intéresse à toutes interactions.
Votre esprit conscient demeure inflexible,
Mais vos passions pour nous sont un livre lisible.
Votre âme nous indique, comme lettres noires
Sur un papier blanc caché au fond d’un tiroir,
Que vous en voulez bien beaucoup à votre père.
Et quel père a pu produire un tel dégénère?
Quel ancien chevalier de cet ordre austère
A propagé son germe en dépit des prières
Interdisant aux Jédites les passions éphémères?
On le sait, enfant; vous êtes fils de Vadère!
Et dans cette lignée on perçoit la victoire.
Vous qui êtes de votre père le miroir,
Savez que contre lui votre esprit de vengeance
Bouille chaud et sans cesse implore une échéance.
Ne vous a-t-il pas abandonné, même enfant?
N’a-t-il pas réduit vos compagnons au néant?
Le pouvoir du Sith s’accroît mieux dans le courroux.
Ainsi, Imprudent, on s’emparera de vous!
J’arrange en ce moment une grande bataille
Qui vous permettra d’achever vos représailles.
Dans cette arène vous ferez face à Vadère
Armés tous les deux avec sabres de lumière.
Jetez contre ce Sith toute votre colère.
Survivra la bataille ou le fils ou le père.
LUCAS: Dans ce maudit concours je ne prendrai pas part.
PALPATIN: Un apte maître Sith n’a qu’employer son art
Pour asservir une proie à sa volonté.
Vous n’aurez pas le choix, garçon, de refuser.
Dans une heure la bataille commencera.
Vous vous battrez ou mourrez; il n’y a que cela.
Scène 4. Lucas, Sétrépéon.
LUCAS: Ô pareille infamie! Ô injuste combat!
Mon père lieutenant de ce roi scélérat!
Quelque mauvais présage se provoque en moi.
SÉTRÉPÉON: Ah, Lucas! Devinez qui est-ce que je vois!
Scène 5. Lucas, Sétrépéon, Léa, Isthène.
LUCAS: Rève-je, ou alors suis-je encor sur Endor?
Léa, que fais-tu sur cette Étoile de mort?
LÉA: Je te suivis ici; en savant où tu vins,
Nul obstacle et nul angoisse ne me retint.
Mais je te poserai la question réciproque:
Te lasses-tu de l’hospitalité Éoque[5]?
N’as-tu rien à faire avec ce monde assiégé,
Ni à moi, à Solon, l’Ouquide Choubachée?[6]
Quel étrange désir te poussa jusqu’ici?
LUCAS: Léa, assure-toi; je ne vous ai trahi.
Tu le sais: je suis fils de ce Sith malveillant,
Mais ne crois pas Vadère perdu pour autant.
Il se peut qu’en son âme l’esprit paternel
Peut encor triompher sur son courroux charnel.
Je vais tenter, en un mot, de le convertir.
LÉA: Lucas! Tu es trop bon; il ne cherche qu’à nuire!
LUCAS: C’est mon père, Léa; que donc peut-il me faire?
C’est toi, Léa, pas lui, qui pourrait nous défaire.
Il y reste une chose que tu ne connais pas.
LÉA: Quelle nouvelle horreur ici découlera?
LUCAS: Toi, Princesse Organide venue d’Aldérane,
N’as ni ancêtre obscur ni aiëule paysanne.
Ou alors c’est ceci que tes parents t’ont dit.
Mais ton cœur t’indiqua qu’on t’a toujours menti.
Tu ignorais quelle naissance tu avais.
Tu as su, sans savoir comment bien tu savais,
Que ta noble et ininterrompue lignée
Différait des circonstances où tu étais née.
Je vais dévoiler, Léa, le secret de ta vie.
Bien loin d’Aldérane et de ses célèbres eaux,
Tu naquis dans l’Espace, avec frère jumeau.
Pour te préserver de ton redoutable père
L’on te prit dissimulée jusqu’à Aldérane;
Mais ton frère, mis dans une autre caravane,
Lui grandit bien ailleurs; sur un monde lointain,
Il vivait chez son oncle, fermier tatouvain.
Lui savait l’ancien nom, mais pas la carrière,
Du puissant impérial qui était leur vrai père.
Léa, tu es ma sœur!
LÉA: Quoi, ta sœur?
LUCAS: Oui, c’est vrai;
Devant cour, devant monde je le jurerai.
LÉA: O choc de découverte! O savoir ancestral!
De reconnaître une mémoire immémoriale.
Tu as raison, Lucas; ah, comment je le sais?
Lucas, je te nomme mon frère désormais.
Mais alors je suis donc –
LUCAS: De Vadère la fille.
Et seule maintenant au sein de sa flotille.
Tu vois pourquoi, Léa, je ne te veux pas là.
Je dois prochainement me livrer au combat.
Pour emporter le jour sur l’infâme Empereur,
Il faudra que je masque les ombres du cœur.
Ce malin Sith facilement peut me tourner,
S’il connait les passions que je n’ose nier.
Si tu restes ici, mon esprit protecteur
Me livra tout à fait au perfide Empereur.
LÉA: Et alors c’est à moi de trembler dans l’angoisse,
Pour préserver ton noble Jédite carapace.
Dix fois non! Je demeure, pour te secourir,
Car je ne vise point à te laisser souffrir.
SÉTRÉPÉON: Entre frère et sœur donc vous vous aimez encore?
LÉA: Mon frère est Lucas, mais c’est Solon que j’adore.
Cette révélation pesait sur mon esprit.
LUCAS: Je me réjouis d’entendre ce que tu as dit!
Je tressaillis de penser qu’en explicitant
Notre parenté, je te priverai d’amant.
N’en disons rien de plus; mais quant à maintenant,
Tu seras en grave danger avant longtemps.
Il faudra –
LÉA: Rien de plus! Je te comprends, du coup;
Tu espères poursuivre la bataille au bout.
Tu penses rester afin de finir martyre;
Je n’accède pas à cet orgueuilleux désir!
À deux, nous pourrons vite abattre Palpatin;
À deux, nous réaliserons notre destin.
La Rébellion tourne sur nos décisions.
LUCAS: N’as-tu pas perçu de la Force les pulsions?
Ils sauront, les deux Sith, que tu viens d’arriver.
Toi, la fille de l’un, à la Force adaptée,
De ta présence ne saura que m’accabler.
Ma sœur, en-dessous de ta gentille écorce
Brûle, j’en suis sûr, la conscience de la Force.
C’est pour ça que je veux, par peur de représailles,
Qu’en veillant à l’avenir, tu manques la bataille.
Isthène, accompagne ma sœur hors de ces lieux.
Sétrépéon, vous aussi, retirez-vous près d’eux.
ISTHÈNE: Comment faire, à ce moment, de nous retirer?
Les soldats impériaux veillent sur tous côtés!
LÉA: Nous reprenons, Isthène et moi, notre cachette,
Bien que je n’aime point cette brusque retraite.
Quant à toi, je t’exige, mon honorable frère:
Tue-les tous les deux, Palpatin et mon père.
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[1] Arthudithus: Droïde qui gardait le message de Léa lors de sa capture pour Abijuan le Cénobe.
[2] Javées: Petits humanoïdes colporteurs autochtones de Tatouïne.
[3] Bespin: planète où Vadère révéla à Lucas le secret de ses origines.
[4] Dagobe: planète marécageuse où vit Jodé, vieux et puissant maître jédite qui à complété l’instruction de Lucas.
[5] Éoques: petits indigènes poilus d’Endor.
[6] Solon: Capitaine du Faucon millénaire et grand ami de Lucas, ainsi que futur époux de Léa. Choubachée: son co-pilote ouquide.