Vadère: Acte I

L’action se passe dans l’antichambre de Palpatin sur le navire impérial près d’Endor.


ACTE I

Scène 1. Léa, Isthène.

ISTHÈNE: Princesse, cachez-vous, retirons-nous d’ici!
De cette abomination cherchons un abri.
Ne restons pas nous deux dans ces ténébreux cieux.
Savez-vous où nous sommes, et qu’est-ce que ce lieu?

LÉA: Je le sais bien, Isthène: ici vit Palpatin,
Vil tyran qui tient l’Empire souffrante en main.
Là, de ce navire, cette Étoile mortelle,
Il envoit ses lieutenants nous faire querelle.
Je m’en souviens, Isthène; ah, jamais je n’oublie –
Ou alors j’oublirais qui est-ce que je suis.
Ce même Palpatin, cet Empereur profane,
D’un geste de la main fit détruire Aldérane.[1]
De ce navire-ci l’odieux précédent
Mit la mort à mon père et à tous mes parents.
Emprisonnée là-dedans, torturée de grand mal,
Dans ce qu’il appelait perle de l’arsénal,
Arme tout-puissant, assurant la conquête,
Je fus contrainte à voir la fin de ma planète.
De ses crimes contre moi la liste s’étend,
Son courroux a remis des millions au néant.
Je ne suis pas la seule à souffrir de ses feux
Et j’ai réuni ici tous les chefs parmi eux
Pour éteindre son éclat une fois pour toutes.
Et chaque rebelle sait vraiment, sans doute:
Je ne l’aime point, Isthène, tant il m’a nui.

ISTHÈNE: Pourquoi alors, Madame, sommes-nous près de lui?

LÉA: Je vins ici, Isthène, retrouver Lucas,
Celui qui m’a tiré des griffes de Jabbas.[2]
Je le vis hier sortir de notre camp rebelle,
Se rendant à l’Empire, s’envoler dans le ciel.
Effroyée du danger dans lequel il montait,
Ignorante de quelle pensée le hantait,
Je pris à l’esprit de le suivre jusqu’ici.

ISTHÈNE: Hélas, ce noble geste nous coutera la vie!
Déjà pour atteindre de ce lieu le seuil,
Nous dûmes maintenir un silence de deuil.
Quelle dissimulation sera nécessaire
Pour nous tirer encore des soldats de Vadère!

LÉA: Isthène, taisez-vous: ne savez-vous donc pas
Quels malheurs peuvent suivre de ce grand nom l’éclat?
De tous mes ennemis le plus noble et vaillant,
Loyal serviteur Sith d’un maître tout autant,[3]
En renommée premier; de succès reluisant,
Parmi les lieutenants de l’Empire un géant,
Ce général exige par notables succès
Même des ses voués ennemis un respect.
Et bien que vanté soit son courroux sinistre,
J’ai parlé de l’homme dans un autre registre
Que je ne réserve à Tarquin ou Palpatin.
Un homme conscient, bien qu’une conscience Sith,[4]
Contre un Grand Moffe Tarquin semble même Jédite.
Mais que sont ces sons venant du couloir?

ISTHÈNE:                                                                Horreur!

Nous allons rencontrer ce perfide Empereur!
Vite, retirons-nous, derrière ce mur,
Et de là trouvons ensuite quelque abri plus sûr.


Scène 2. Palpatin, Masamède.

PALPATIN: Masamède, observez quel pouvoir est le mien,
Et avec quel aplomb ce pouvoir je retiens!
Nous voici aujourd’hui au jour près six années
De la première nuit de mon sommeil troublé
Par cette rebellion et ces incultes traîtres
Qui, faibles qu’ils étaient, n’ont pas su disparaître.
Poursuivis, détruisant mes navires le jour,
Dans mes songes ils me poursuivaient à leur tour.
Mais je dors cette nuit sans peur de cauchemar.
Aujourd’hui voit la fin de Motimée, d’Akbar.[5]

MASAMÈDE: De comprendre ce que dit Votre Majesté
Votre humble serviteur n’est pas privilégié.
Bien que, certes, assurée nous soit la victoire,
D’être sûre qu’elle advient la fin de ce soir,
Votre Majesté, dis-je, me semble optimiste.
Pardonnez une question, Ô plus grand qu’existe,
Votre serviteur manque les informations
Qui soutiennent en vous cette anticipation.
En un jour les Empires ne sont pas bâtis;
En un jour sont leurs ennemis anéantis?
Pardonnez, pardonnez en moi cette ignorance,
Mais m’échappent les causes de cette confiance.
Cette rebellion, bien que faible, vaincue,
A vu votre flotte et vos armées tordues.
Et en dépit, Seigneur, de votre règne austère,
Vous haïssent Corruçon, Cachic, Malastère;[6]
Et même Naboé, nourrice impériale,[7]
Brouille d’un esprit qu’est à vous déloyal.
Nos intendants n’ont pas pu, votre grâce le sait,
Réprimer l’opposition à ses nobles bienfaits,
Provenant en partie des maudits bruitages
Émergeant d’Aldérane le glorieux naufrage
Attribuant l’innocence aux traîtres pervers
Dont l’Étoile mortelle nettoyât l’univers.
La victoire est à nous; déjà nous les vainquons,
Mais réprimerez-vous toute rebellion?

PALPATIN: Il suffit, Masamède; à la Cour impériale
La langue trop loquace peut être fatale.
Jamais n’oubliez, ou remémorez-vous,
Qu’avec la Force obscure m’est expliqué tout.
Je ne suis, Masamède, non seulement roi,
Mais Empereur de tout, et du Sith vient ce droit.
C’est le pouvoir du Sith qu’au trône m’investit;
Et le Sith nous rendra la victoire aujourd’hui.

MASAMÈDE: Votre sagesse, Sire, est bien éblouissante.
Je me tais devant vous, ma honte rayonnante.

PALPATIN: De plus, mon serviteur, vous oubliez Vadère.
Vous vous souviendrez bien de sa grandeur, j’espère.
C’est lui auquel je dois le gros de mes victoires;
C’est pour lui que je tiens aujourd’hui tout espoir.
Général renommé, du Sith mon apprenti,
Tout l’Empire sauf moi fait place devant lui.
Lui seul échappât la bataille d’Auvain[8]
Où nous confrontâmes la Rebellion en vain.
Grâce à lui, ma victoire est ici assurée.
Mais je n’assure rien de ce Sith en loyauté.

MASAMÈDE: Je m’étonne, Seigneur, O! pardonnez moi,
De vous entendre changer si vite la voix
En parlant de votre général préféré.
Sa loyaute à vous moins que fort assurée?
Alors disons de même de notre victoire!

PALPATIN: Naïf, comprenez donc du Sith la vraie gloire!
La loyauté du Sith ne dépend pas des lois
Ni se fie-t-elle à la puissance des rois
Mais se voue à la Force et à sa vérité.
Vous ne savez donc rien de sa complexité.
Moi-même Vadère n’a jamais trahi –
De ma puissance Sith il demeure ébahi.
De plus il me doit tout; moi seul le délivrai
De l’illusion jédite qui l’emprisonnait.
Mais tout Sith sait trahir! Nous ne sommes Jédites –
Les scrupules du Bien fort nous tombent proscrites.
On trouve le vrai Bien dans le grand, dans le haut,
Le pouvoir, qu’est cent fois ce que le Bien ne vaut!
Tout de même, je sais que Vadère encor[9] peu
Se tient à part quelques pas de ce jeu dangereux.
Si je doute de lui, ô paradoxe roi,
C’est justement parce qu’il est loyal à moi.
A-t-il vraiment compris ce que c’est d’être Sith?
C’est ceci que j’espère déterminer vite.
Un détail de ce jour je n’ai pas divagué:
De la planète Endor Lucas s’est débarqué.
Il vient ici, j’ai vu, par la Force montré –
Il vient, d’Endor ici, ainsi me confronter.
O adepte ignorant, téméraire garçon!
D’un seul bras je peux lui apprendre une leçon
Et de Vadère exiger la perfection.
Tous deux j’entraînerai à la confrontation.
Je les mènerai l’un à lutter contre l’autre.
Le vainqueur, c’est d’accord, est le meilleur apôtre.
Et si un me refuse, je le materai.[10]
N’est-ce pas un stratagème des meilleurs faits?

MASAMÈDE: Mais si et l’un et l’autre n’y prennent pas part?

PALPATIN: Je les abattrai tous deux. En pratiquant mon art
J’ai perçu dans la Force plus qu’un seul espoir.
La gloire du Sith ne finira pas ce soir.
La Force n’a pas tort; des adeptes du Sith
Il existe plusieurs. Prenez compte des mythes;
N’avez vous, Masamède, pas lu les vieux contes?
La puissance du Sith dépasse toute honte.

MASAMÈDE: Mais voyez, Majesté, où approche Vadère.


Scène 3. Palpatin, Masamède, Vadère, Vierce.

VADÈRE: Votre volonté, Seigneur interplanétaire?

PALPATIN: Je vous offre, Vadère, mes salutations;
Maintenant à la guerre tournons l’attention.
Votre place sous moi n’est guère incontestable,
Et ce garçon Lucas semble inéradicable.
S’il l’est donc, pourquoi pas changer de serviteur?
Du maître Sith le plus brillant gladiateur
Deviendra au-delà des tous son adjudant.
Et il nous faut l’admettre, Lucas est brillant.
Ou bien il n’aurait pas si longtemps existé
Parmi nos guêts constants sous sourcils fort froncés.
Il est temps qu’il choisit d’être Sith ou Jédite;
Il arrive à l’heure même; il fera son choix vite.
S’il choisit l’Obscure Force, nous serons triune;
S’il a tort, à vous sa mort sera bien opportune.
Le tourner ou le nuire; faites-le, à son choix.

VADÈRE: Il mourra, mon maître, s’il ne nous joindra pas.

PALPATIN: Excellent. Masamède, venez voir la guerre.

Bientôt finies les batailles hebdomadaires.


Scène 4. Vadère, Vierce.

VADÈRE: Ah! misère insensé!

VIERCE:                                            Sire, que dites-vous?

VADÈRE: Je ne sais qui sorterai de ce rendez-vous.
De mes jeunes années j’ai servi l’Empereur.
J’étais jour et nuit son fidèle laboureur.
Au Devoir et au Sith me suis-je consacré,
Renonçant au Bonheur, à ses plaisirs sucrés.
Si un homme quelconque, sans mandat royal,
Pense au Bonheur d’abord, il peut rester loyal;
Mais à nous les Grands, montrant d’en haut l’exemple,
Le Devoir nous est tout; la Grandeur est son temple.
Le Devoir, que j’ai suivi au sommet de l’Empire;
Le Devoir, auquel j’ai sacrifié tous mes désirs.
J’aurai pu contendre avec Palpatin lui-même
Pour le trône impérial, mais je reste deuxième,
Parce que c’est à lui que je dois mon pouvoir
Et je ne peux nier la force du Devoir.
Je ne peux, Vierce, sans crime capitale,
Poursuivre ce jour-ci ce qui m’est idéal.
Pourtant, mon lieutenant, il y a en la vie
Des Devoirs plus qu’un seul, et ils se multiplient.
Si mon vaste pouvoir descend de Palpatin,
Ce n’est pas grâce à lui que je suis un humain.
Si la Grandeur redouble nos obligations,
Elle pèse plus fort sur toutes décisions.
C’est la Grandeur ainsi qui me fait ressentir
Qu’il me faut entraîner un funeste avenir.
Si c’est elle qui dit d’obéir à mon sieur,
C’est bien elle qui me remplit de vive chaleur.
L’Empereur longtemps m’a comblé de bénéfices –
Dois-je plus à mon roi que ne dois à mon fils?

VIERCE: Si vous avez un fils, je ne le connais pas.

VADÈRE: Ah, naïf! J’ai un fils; il s’appelle Lucas!

VIERCE: Vous, le père d’un traître? Comment ça se fait?

VADÈRE: Vierce, mon enfant me fut vite forfait.
Alors que l’Amidale[11], que j’eusse épousée,
Dans un lieu caché de moi devait accoucher,
J’étais loin, dans le champ où se battaient les clones.[12]
Je ressens son agonie au-delà du cyclone.
Elle expire, je sais; mais mon fils est vivant;
Il vit, il pleure fort; j’entend ses cris fervents.
Dans la Force qui relie tout notre univers,
Ce nouveau-né dépasse tous, sauf moi, Vadère.
À ce moment le vieux Abijuan le Cénobe[13]
Surgit et prend mon enfant caché dans sa robe,
Et sans un seul soupçon d’un de mes mille espions
Complète en un jour de mon fils l’occlusion.
Même Tatouine[14], tout au bout de l’Empire,
N’a pas pu détourner la Force qui l’attire.
S’il ne devint pas Sith, il deviendrait jédite,
Tellement a surgi son énorme mérite.
Il n’a pas fait son choix; il nous joindra peut-être,
Mais quant à moi il n’est pas question de compromettre.
On appelle tous ceux qu’abandonnent leurs tâches
Traîtres, vilains, maudits, déshonnorables, lâches.
Qui jouit, même pire, d’une célèbre office
Ne peut sans outrage privilégier son fils.
Mais de quelle mesure en plus se déshonore
Celui qui, père, met son seul enfant à mort?
Lâche question! Mon seigneur m’a donné mes ordres;
Le piège est réglé; le gibier vient y mordre.
Les parois du navire commencent à mugir;
C’est Lucas qui se rend. Je n’ai qu’à obéir.

Continuer à l’ACTE II


[1] Aldérane: Planète dont Léa est la princesse, détruite par l’Étoile mortelle.

[2] Jabbas: Corsaire Huthain qui avait emprisonné Léa et qu’elle, avec l’aide de Lucas, a vaincu.

[3] Sith: Ordre de Jédites voués à la Force obscure. Qu’un serviteur Sith soît loyal à son maître serait paradoxal.

[4] Tarquin” Grand Moffe impérial. C’est lui qui a prononcé la mort d’Aldérane et qui périt dans le naufrage de l’Étoile mortelle.

[5] Motimée, Akbar: chefs de la Rebellion.

[6] Corruçon: capitale de la Galaxie.
Cachic: planète des Ouquides.
Malastère: planète des Granides et des Duges.

[7] Naboé: planète dont Palpatin était originaire.

[8] Bataille d’Auvain: la bataille où Lucas détruisit la première Étoile mortelle. Avant sa destruction, l’Étoile mortelle était prête à mettre fin à la Rebellion en anéantisant la base rebelle sur Auvain IV, satellite de la planète gazeuse d’Auvain.

[9] Encor: orthographe reçu au XVIIème s.

[10] Mater: tuer.

[11] Padmée, ou l’Amidale: reine de Naboé et la mère de Lucas.

[12] L’établissement de l’Empire est précédé par la Guerre des clones.

[13] Abijuan le Cénobe: ancien tuteur et de Vadère et de Lucas, que Vadère tua.

[14] Tatouine: planète dont Vadère et Lucas sont originaires.

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